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CONCOURS COSPLAY

Benyoucef Abbas Kebir sur les traces de Takfarinas

Le destin d'un héros numide en BD

La figure de Takfarinas, héros numide ayant mené la résistance contre Rome, a été au cœur d'une rencontre organisée, samedi 3 octobre 2026, dans le cadre du Festival international de la bande dessinée d'Alger (FIBDA). L'auteur de bande dessinée Benyoucef Abbas Kebir y a présenté son dernier album consacré à ce personnage historique, revenant sur la genèse d'un projet travaillé depuis plusieurs années, ses choix documentaires et les contraintes liées à son adaptation en bande dessinée.

Auteur de plus d'une dizaine d'albums et spécialisé dans la bande dessinée historique, Benyoucef Abbas Kebir compte désormais quatorze albums à son actif avec « Takfarinas, héros numide ». Invité à présenter cette nouvelle publication, il a expliqué que son choix s'inscrivait dans une volonté d'explorer des périodes de l'histoire algérienne encore peu traitées en bande dessinée. « Notre histoire est riche en événements », a-t-il expliqué, évoquant les différentes périodes historiques qu'a connues l'Algérie. Il a ainsi choisi de se tourner vers l'Antiquité, période marquée notamment par la naissance des premiers royaumes berbères et la présence romaine. Son choix s'est porté sur Takfarinas, personnage dont la biographie reste, selon lui, peu connue du grand public et qui avait été très peu abordé dans la bande dessinée.

Le projet ne date toutefois pas d'hier. L'auteur a révélé que son travail sur Takfarinas remonte à 1993 et qu'il a consacré une dizaine d'années à sa préparation. Il avait à l'époque proposé le projet au journal Liberté, qui l'avait rémunéré sans toutefois le publier.

Pour construire son récit, Benyoucef Abbas Kebir s'est appuyé sur quatre ou cinq ouvrages consacrés au personnage et à la période. Il explique avoir confronté les différentes sources afin d'en dégager les éléments communs, notamment concernant la naissance, les principales batailles et la mort de Takfarinas. Une démarche qu'il présente comme indispensable pour un travail destiné à la vulgarisation historique auprès des jeunes. « Il faut éviter les zones d'ombre et les ambiguïtés », a-t-il expliqué, estimant que le jeune lecteur doit pouvoir suivre clairement le parcours du personnage, de sa naissance jusqu'à sa mort. Cette volonté de rendre l'histoire accessible constitue l'un des fils conducteurs de son travail.

Dans l'album, Takfarinas est présenté comme un personnage né à Thagaste, l'actuelle Souk Ahras, en 7 avant Jésus-Christ. Dès son jeune âge, il se forme aux techniques de guerre, notamment au maniement de l'arc et à l'équitation. Il est ensuite enrôlé dans l'armée romaine, comme de nombreux autochtones à cette époque, ce qui lui permet d'acquérir une expérience militaire.

La situation change lorsqu'il constate la politique menée par les Romains à l'égard des populations locales. Selon le récit présenté par l'auteur, Takfarinas déserte alors l'armée romaine et rejoint la région d'Auzia (anciennement Aumale à l'époque coloniale), correspondant aujourd'hui à Sour El Ghozlane, où il commence à organiser la résistance avec un groupe de Numides.

Il constitue progressivement une armée et forme de jeunes combattants. Les premières confrontations avec les légions romaines se soldent par plusieurs défaites, mais Takfarinas se replie à chaque fois pour réorganiser ses troupes et poursuivre la résistance. Face à une armée romaine mieux équipée, il développe également d'autres formes d'action.

Takfarinas, le stratège

C'est notamment autour de la résistance économique que l'auteur a construit une partie de son récit. Takfarinas aurait ordonné aux populations autochtones de ne plus vendre leur blé aux Romains. À partir de cet élément historique, l'auteur a développé une séquence fictionnelle dans laquelle Takfarinas et ses hommes se font passer pour des marchands de blé afin de pénétrer dans une forteresse et libérer des prisonniers.

Ce choix répond aussi à une contrainte éditoriale. L'album compte 32 pages, un format qui oblige l'auteur à opérer des choix dans une biographie particulièrement riche. Une vingtaine de pages sont consacrées directement à la vie de Takfarinas, tandis que l'album s'ouvre sur une présentation de l'histoire de l'Afrique du Nord, des Phéniciens et des principaux rois berbères, parmi lesquels Massinissa, Jugurtha et Juba.

Pour compléter le récit, l'auteur a donc intégré cette histoire fictionnelle construite sur un fond historique. Cette partie lui a permis d'ajouter plusieurs pages sans sortir du cadre historique général de l'album.

Le parcours de cette bande dessinée est également marqué par une reconnaissance dans le cadre d'un programme de soutien. Le projet avait obtenu, l'année précédente, le troisième prix du meilleur projet. Il a ensuite été proposé par les éditions Papyrus, son éditeur, dans le cadre du soutien aux auteurs et éditeurs du ministère de la Culture. Le projet a finalement été retenu pour être édité et diffusé auprès du grand public.

Au cours de la rencontre, l'auteur est également revenu sur son parcours dans la bande dessinée historique. Son travail a notamment porté sur des événements et des figures de l'histoire algérienne, parmi lesquels le 17 Octobre 1961, l'histoire de l'Algérie des origines à Novembre 1954, l'Émir Abdelkader, Ben M'hidi, Petit Omar ou encore la diplomati

Une version française de l'album consacré à Takfarinas doit prochainement être éditée. Quant à ses prochains projets, Benyoucef Abbas Kebir reste fidèle au registre historique, tout en changeant de période. Il travaille actuellement sur l'histoire de sa ville natale, Miliana, qu'il souhaite également raconter en bande dessinée. Il a par ailleurs proposé aux éditions Papyrus « Tragédie sur Seine », troisième tome consacré aux massacres du 17 Octobre 1961.

La rencontre du FIBDA a enfin permis à l'auteur de revenir sur l'évolution des conditions de recherche. Lor squ'il travaillait sur Takfarinas dans les années 1990, l'accès à la documentation nécessitait de se déplacer dans les bibliothèques et de multiplier les recherches pour réunir les références nécessaires. Aujourd'hui, estime-t-il, Internet et les nouveaux outils technologiques ont profondément changé le travail documentaire.

Mais malgré cette abondance de sources, la démarche reste, selon lui, celle d'un travail de sélection et de synthèse. Pour un album destiné aux jeunes, il considère qu'il faut retenir les grandes étapes de la biographie et les présenter de manière claire, afin de faire connaître un personnage historique encore méconnu.