De la bande dessinée à l'animation, Bouchra Mokhtari poursuit un même objectif, raconter autrement. Invitée au FIBDA pour une rencontre consacrée au passage du papier à l'image animée, l'autrice est revenue sur la naissance de sa Bande dessinée, Zozo, son parcours dans le 9e art et les raisons qui l'ont poussée vers l'animation 2D et 3D.
Bouchra Mokhtari raconte que son goût pour le dessin remonte à l'enfance. Elle se souvient notamment des histoires que sa mère lui achetait et dans lesquelles elle ajoutait ses propres personnages et imaginait de nouvelles scènes. « J'aimais dessiner depuis toute petite », a-t-elle raconté.
Après son baccalauréat, un cours de dessin va lui ouvrir une première porte. Encouragée par l'enseignante à participer à un concours, elle découvre sur internet le concours de bande dessinée du FIBDA. Il ne lui reste alors qu'une semaine pour préparer son travail. Sans tablette graphique et avec de simples crayons de couleur et du papier, elle choisit un personnage qui figurait déjà dans son carnet. Ce sera Zozo.
Le personnage ne remporte pas le premier prix, mais obtient un prix d'encouragement. Cette distinction va pousser la jeune dessinatrice à poursuivre. L'édition Dalimen la contacte ensuite et lui propose de transformer les trois planches du concours en véritable album. « Moi, je dis jamais non », a-t-elle lancé avec humour.
Le premier album de Zozo voit ainsi le jour. Deux autres suivront. Lors d'une nouvelle participation au FIBDA, Bouchra Mokhtari décroche cette fois le Grand Prix Jeunesse. Zozo devient alors un personnage qui accompagne durablement son parcours.
La dessinatrice explique que son passage vers l'animation s'inscrit dans la continuité de son travail sur la BD. Pour elle, les images constituent un moyen particulièrement efficace de transmettre une information et un message. « La bande dessinée c'est le texte avec des images », explique-t-elle, avant de souligner que l'animation permet d'aller encore plus loin grâce au mouvement et au gestuel.
Elle évoque notamment son envie de réaliser un film muet, sans paroles, dans lequel le dessin pourrait être compris au-delà des langues. « Je voulais Zozo qui parle sans parler », résume-t-elle.
Cette volonté de pousser davantage les possibilités du dessin l'a conduite à se former à l'animation 2D et 3D. Elle explique également avoir voulu apprendre un nouveau métier et développer ses capacités artistiques.
La 2D, dessin après dessin
Au cours de la rencontre, Bouchra Mokhtari a également expliqué les différences entre animation 2D et 3D, relevant particulièrement sur le travail nécessaire à la réalisation d'une animation en 2D. « Le dessin animé 2D en particulier, c'est vraiment frame by frame », explique-t-elle. Chaque mouvement doit être dessiné, image après image, avec des dessins intermédiaires destinés à rendre le mouvement plus fluide.
Elle évoque le rôle du logiciel, souvent mal compris selon elle. Celui-ci ne fait pas le dessin à la place de l'animateur. Il sert notamment à rassembler les différents calques et à créer le mouvement à partir du travail réalisé par l'artiste.
Bouchra Mokhtari évoque également son expérience aux Gobelins à Paris, où elle a pu découvrir les méthodes traditionnelles de l'animation, avec notamment les grandes tables lumineuses et les calques utilisés pour construire les mouvements.
Pour expliquer le travail de l'animateur, elle donne l'exemple du corps humain. Lorsqu'une personne effectue un mouvement, chaque partie du corps ne réagit pas exactement au même moment. Le bassin, les bras, la tête ou encore les cheveux suivent des mouvements différents. L'animateur doit donc observer et comprendre ces mécanismes pour reproduire un mouvement crédible.
Si Bouchra Mokhtari pratique également la 3D, elle affirme avoir une préférence pour la 2D. La raison tient notamment à la liberté offerte par le dessin. Elle compare la 3D à une marionnette que l'on manipule sur un logiciel. Il faut savoir déplacer cette marionnette et comprendre le fonctionnement du corps pour éviter des mouvements trop mécaniques. En 2D, l'artiste dispose au contraire d'une plus grande liberté pour construire chaque mouvement.
« Moi j'aime beaucoup la 2D même si c'est beaucoup de temps », affirme-t-elle. Elle reconnaît que cette technique demande patience et passion, mais estime qu'elle offre une liberté qu'elle ne retrouve pas de la même manière en 3D.
Animer, c'est prolonger la BD
Pour Bouchra Mokhtari, le passage de la BD à l'animation apparaît finalement comme une continuité naturelle. « L'animation ça s'approche de la bande dessinée, c'est juste que c'est des dessins en plus », explique-t-elle. Elle imagine ainsi l'adaptation d'une de ses œuvres à l'écran comme un travail qui consisterait à partir d'une case existante et à lui ajouter les dessins nécessaires pour créer le mouvement. Le texte disparaît alors pour laisser place à l'image et éventuellement à une voix off.
Cette relation entre les deux disciplines explique aussi son intérêt pour l'animation. La BD offre au lecteur une liberté dans le rythme de lecture, tandis que l'animation impose un mouvement, un rythme, une durée et une ambiance sonore déterminés par le créateur.
La musique constitue justement pour Bouchra Mokhtari l'une des grandes différences entre les deux univers. Dans une bande dessinée, le lecteur peut choisir lui-même la musique qu'il écoute pendant sa lecture. Dans un film d'animation, la musique fait partie intégrante de l'œuvre et participe directement à l'émotion recherchée.
Elle cite l'un des projets sur lesquels elle a travaillé avec un artiste suisse, dans lequel la musique accompagne les mouvements d'un couple. Pour réaliser certaines séquences, elle s'est elle-même filmée afin d'observer les mouvements et de s'en servir comme référence pour son animation.
Elle rappelle que cette méthode d'observation du mouvement a également été utilisée dans l'histoire de l'animation, notamment par les studios Disney, avec des personnes servant de modèles aux dessinateurs.
Entre BD et animation, Bouchra Mokhtari ne voit donc pas une rupture, mais deux façons de faire vivre le dessin. Avec la première, le lecteur construit son propre rythme. Avec la seconde, l'artiste ajoute le mouvement, le temps et la musique pour prolonger le langage de l'image