La première conférence du Festival international de la bande dessinée d'Alger (FIBDA), organisée vendredi 2 octobre, a placé la mémoire, l'identité et la création graphique au cœur des échanges. Bédéiste connu sous le nom d'artiste Kam's, Kamel Bentaha y a présenté le Tifghal comme une manière de raconter la culture algérienne en puisant dans la mémoire sans s'y enfermer.
« Entre la mémoire et la modernité, le Tifghal est une autre manière de raconter la culture algérienne », a expliqué l'artiste. Pour lui, cette démarche prend sa source dans la richesse de la mémoire orale algérienne. « Mon but, c'est d'aller vers la mémoire sans pour autant l'abîmer, sans pour autant la dénaturer, et en même temps, il ne faut pas que je me fige à l'intérieur de cette mémoire », a-t-il affirmé.
Cette recherche se trouve au cœur de sa conception de l'acte artistique. « Un artiste crée, mais jamais dans le vide », a souligné Kamel Bentaha. À travers son œuvre, il exprime, selon lui, « une vision, une culture, une histoire, un imaginaire ». Une création qui traverse le temps et finit par devenir une mémoire, avant de rencontrer une société avec ses valeurs, ses traditions, ses rêves et parfois ses blessures.
Pour Kam's, la bande dessinée possède déjà plusieurs grandes traditions graphiques qui portent chacune leur histoire. Il cite notamment le manga, le comics, le fumetti, le tebeo espagnol ou encore le manhua chinois. « Ils ont leur histoire. Mais l'Algérie aussi possède une histoire, une mémoire, un imaginaire qui méritent d'avoir leur propre langage graphique », a-t-il relevé.
C'est dans cette réflexion qu'est née l'idée du Tifghal. L'enjeu, explique-t-il, ne consiste pas simplement à trouver un nouveau terme pour désigner une bande dessinée ou un ouvrage du neuvième art algérien. « Le Tifghal n'est donc pas seulement un nouveau mot pour désigner un livre du 9e art, une BD ou un manga algérien », a-t-il précisé. Il s'agit surtout, selon lui, de donner un nom à une création capable de s'identifier « à notre mémoire, notre société et notre pays ».
La démarche repose ainsi sur un équilibre entre héritage et création contemporaine. Il ne s'agit pas de reproduire la mémoire, mais de la faire vivre autrement, en lui donnant une expression graphique qui puisse dialoguer avec le présent.
Kamel Bentaha a également évoqué son propre parcours et les premiers signes d'intérêt suscités par cette démarche dans le milieu universitaire. Deux de ses Tifghal ont notamment été traduits en français. À l'université Mouloud Mammeri de Tizi Ouzou, au département amazigh, cinq projets de fin d'études ont été consacrés à ses